Les personnes atteintes de CAI présentent des déficits biomécaniques au cours de leurs activités quotidiennes, telles que la marche et une activité musculaire accrue du muscle long péronier (long fibulaire), une inversion de la cheville et un centre de pression dévié latéralement.

Moisan et al.

Physical Therapy in Sport

Volume 40, November 2019, Pages 53-58

Les entorses de cheville sont très courantes pendant les sports et représentent 10 à 30% de toutes les blessures musculo-squelettiques (Fong, Hong, Chan, Yung et Chan, 2007), mais peuvent également survenir au cours d’activités quotidiennes (Gribble et al., 2016). Jusqu’à 32,74% des personnes souffrant d’une entorse de la cheville développeront une instabilité chronique de la cheville (CAI) (Hiller et coll., 2012; Tanen, Docherty, Van Der Pol, Simon et Schrader, 2014). Le CAI modifie la biomécanique des membres inférieurs lors de tâches dynamiques et ces déficits pourraient exposer davantage les individus au risque de subir des entorses récurrentes de la cheville (Moisan, Descarreaux et Cantin, 2017; Simpson, Stewart, Macias, Chander et Knight, 2019).

Dans des études antérieures, les tâches unilatérales d’atterrissage de saut étaient également couramment utilisées pour évaluer les déficits biomécaniques associés au CAI (Simpson et al., 2019), principalement parce que les entorses de la cheville sont très courantes lors d’activités comportant des sauts et des atterrissages unilatéraux tels que le basketball, le volleyball et le football (Yeung, Chan, So et Yuan, 1994). Les fortes charges exercées sur le complexe articulaire de la cheville au cours de ces mouvements ont été signalées comme un facteur de risque pour le maintien d’une entorse latérale de la cheville (Doherty et al., 2016). Lors d’un atterrissage en chute libre unilatéral, les personnes atteintes de CAI démontrent une plus grande dorsiflexion de la cheville avant et après l’atterrissage (Caulfield et Garrett, 2002).

une inversion plus importante de la cheville avant l’atterrissage (Delahunt, Monaghan et Caulfield, 2006b), plus grande flexion du genou avant et après l’atterrissage (Caulfield et Garrett, 2002), modification des forces de réaction au sol (Delahunt et al., 2006b) et diminution du muscle péronier long préactivation (Delahunt et al., 2006b). Des modifications de la cinématique du pied et de la cheville ont également été observées lors d’un atterrissage avec saut latéral maximal (De Ridder et al., 2015). Les effets du CAI sur les moments de cheville et de genou lors d’un atterrissage par saut unilatéral ne sont toujours pas bien compris (Simpson et al., 2019).

Cette étude se penche donc sur les effets de semelles correctives sur la mécanique d’atterrissage et la marche.

La principale conclusion de cette étude était que les individus atteints de CAI présentaient une diminution de l’activité musculaire antérieure du tibial de 19 à 38% et de 39 à 99% de la phase d’atterrissage pendant la tâche DROP, avec des tailles d’effet d de Cohen allant de 0,73 à 1,01. Une récente revue systématique a émis l’hypothèse que les personnes atteintes de CAI présentaient une biomécanique de la cheville altérée, telle qu’une dorsiflexion accrue de la cheville, afin de placer l’articulation talo-crurale dans une position compacte pour augmenter sa stabilité (Simpson et al., 2019). Même si les FO (foot orthese = semelle) n’avaient aucun effet sur les angles des articulations de la cheville lors de la tâche DROP, la diminution de l’activité musculaire antérieure du tibialis pouvait représenter une stabilité accrue de la cheville lors du port de FO. Aucune comparaison n’a pu être faite avec les études précédentes, car il s’agit de la première étude à quantifier les effets des EMG des FO sur les personnes atteintes de CAI au cours d’une tâche DROP. Cependant, même si les effets des FO sur l’activité musculaire moyenne du tibial antérieur n’ont pas été étudiés, une activation plus précoce a été observée lorsque des individus atteints de CAI portaient des FO lors du passage d’une position à deux jambes à une jambe (Dingenen et al., 2015). . Bien que d’autres études soient nécessaires pour mieux comprendre leurs effets sur l’activité musculaire antérieure du tibial lors de tâches de dynamique, les résultats de la présente étude et ceux de Dingenen et al. (2015) suggèrent un meilleur contrôle neuromusculaire lors du port de FO pour les personnes atteintes de CAI.

Diagnostic hollistique, rééducation systémique
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La deuxième conclusion de cette étude est l’augmentation de gastrocnémius médial et de gastrocnémien latéral au cours de la phase de préactivation des tâches DROP et FOAM. L’activité accrue a été observée pendant la phase de propulsion (sur la plate-forme) et pourrait suggérer des modifications du contrôle moteur pour les personnes atteintes de CAI lors du port de FO lors de la tâche DROP. Cependant, même si les effets de Cohen sont importants (0,91e1,00), ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car ils ont été observés au cours de mouvements à faible vitesse et lorsque l’activité de EMG de gastrocnemius lateralis et de medialis était faible (inférieure à 15%).

La troisième constatation de cette étude est l’augmentation de l’activité musculaire du biceps fémoral de 56 à 65% de la phase de préactivation de la marche correspondant à la période d’activité musculaire maximale. Les personnes atteintes de CAI présentent des différences d’activation du muscle biceps fémoral par rapport aux participants sains avant le contact initial sur le sol. Cela pourrait représenter une modification de la stratégie de commande motrice à action anticipée dont on a suggéré qu’elle serait altérée pour les personnes atteintes de CAI (Simpson et al., 2019).
Il est difficile de comprendre pourquoi les FO n’ont pas modifié l’EMG des membres inférieurs lors des tâches SIDE et WEDGE. Cependant, afin de réduire les risques de céder ou d’entorse de la cheville, les personnes atteintes de CAI présentent un schéma de contrôle moteur plus rigide et moins variable au cours de la locomotion (C. Herb et al., 2014; CC Herb et Hertel, 2015; Terada et al. ., 2015). On peut supposer que les personnes atteintes de CAI présentent un motif moteur d’atterrissage plus rigide, par exemple une flexion de la flexion plantaire de la cheville et une flexion du genou au cours de ces tâches plus difficiles, atténuant les effets EMG des FO. Davantage d’études sont nécessaires pour mieux comprendre les effets neuromusculaires des FO au cours de différentes tâches d’atterrissage avec sauts et pour infirmer ou confirmer cette hypothèse.

Le retour de Fabien

Cette étude est interessante car elle montre le peu d’effet mécanique constaté par les auteurs avec les semelles et l’intérêt neuro-musculaire partiel.

L’anatomie humaine du bas du corps repose sur la construction en déséquilibre passif du membre inférieur (valgus du genou,torsion fémorale,etc…) qui présente l’avantage de donner de multiples stimulations lors du mouvement (activo-passif).la quête de l’empilement idéal me parait utopique et irréalisable quand on voit l’ingéniosité de construire sur un « porte-a-faux » maitrisé.l’objectif de l’individu est de conserver une efficacité gestuelle la plus économique possible en dynamique .

il ne faut jamais négliger qu’une articulation non contrôlée en mouvement voit ses degrés de liberté se geler…chaque outil stimulant permet d’améliorer cette dynamique.

L’utilisation des semelles dans cette étude montre une activité légère sur l’aspect neuro-musculaire de contrôle du mouvement .

La kinésithérapie propose de nombreux outils pour améliorer l’activation neuro-musculaire et réentrainer de manière plus efficace le système dynamique,notamment lors des réceptions de sauts et des changements de directions.

Une évaluation précise de contraintes ciblées et l’application de contextes graduels de mise en sollicitation restent une approche moins magique que le port standardisé de semelles.(celles-ci présentant néanmoins un intérêt dans l’application de stimulations neuro-musculaire à la marche).

il parait raisonné de conserver l’utilisation des semelles dans le travail précis de contexte pathologique identifié par un professionnel. Le contexte de la CAI sous tend le principe de rééducation de remise en contraintes et de développement de celles-ci afin de tendre vers une re-« sécurisation » des gestuelles sportives et un travail des mécanismes sensori-moteurs fins.

Nous, kinésithérapeute, sommes des acteurs à ce titre de premier choix!!

FABIEN GAUTHERON

MKDE depuis 2001 sur Dijon. Fabien est un expert reconnu dans le milieu de l’athlétisme à la course en haute montagne.

Il assure notamment le suivi d’athlètes professionnels référencés en Europe et dans le monde; Quant il n’est pas à son cabinet ou qu’il ne courre pas, il accompagne les trailers certains sur les pentes abruptes d’épreuves mythiques comme l’Ultra Trail du Mont Blanc.

Fabien est également le formateur principal de la formation TRAICK® – Traitement du Coureur en Kiné à K-LYF