TOOLBOX DE LA SEMAINE

TENDINOPATHIE ACHILLÉENNE

La constitution d’un modèle réeducatif de la tendinopathie d’Achille, et au sens large des tendinopathies, reste encore à ce jour complexe tant la compréhension par la science des processus d’adaptation du tendon pathologique reste à ce jour encore incomplète. Tentons de comprendre un peu plus ces phénomènes sous-jacent.

1. RAPPEL PHYSIOPATHOLOGIQUE

En 2016 Cook et Purdam, ont revisité leur premier modèle de continuum du tendon développé en 2009. L’objectif était de construire un cadre de réflexion sur les atteintes structurelles du tendon et leurs implications cliniques, de construire une réflexion sur la stratégie de prise en charge qui en découle avec 3 niveaux/stades d’atteintes tendineuses :

 

  • Le tendon réactif.
  • Le tendon remanié (dysrepair).
  • Le tendon dégénératif.
  • (La rupture tendineuse)

 

Il est donc à ce jour établit que la tendinopathie est inscrit dans un continuum et non dans un absolu, subissant une cascade de 3 phases. L’association et la relation entre fonction – structure du tendon – douleur n’est pas clairement établi et entraine un flou dans la prise en charge thérapeutique. Le questionnement est donc de savoir à quel niveau faut il rentrer et axer l’intervention réeducative : Sur la douleur ? Sur la fonction ? Sur la structure ?

Si on traite la douleur, on ne modifie pas la structure, idem si on se limite à la fonction on ne modifie pas nécessairement et de façon notable la structure … complexité quand tu nous tiens !

 

Théoriquement notre intervention aurait pour mission où que l’on soit dans le niveau/stade du continuum, de ramener le tendon vers un état dit normal comprenant fonction optimale, structure saine et absence de douleur. Malheureusement à certains stades ce schéma théorique ne peut être que partiellement, difficilement réalisable. Il faudra donc optimiser le process au mieux. Pour faire simple, au stade du tendon réactif, un retour vers le tendon normal est possible si on « respecte la nature » (schéma ci dessous Magnuss and Coll, 2010).

 

En effet une synergie anabolisante et catabolisante protéique opère et entraine transitoirement entre 24h et 36h un « déficit protéique » au sein du tendon qui sera compensé au delà entre 36 et 72h après effort au niveau du tendon sain après exercice En d’autres termes et dans le cas d’un tendon réactif, le management de la charge sera essentiel pour ne pas sur-stimuler les processus « mal-adaptatif » structurelle et conduire ce dernier vers le stade remanié. Ainsi le tendon réactif correctement managé sera modifiable structurellement pour être ramener vers un tendon dit normal. Au stade du tendon remanié, les stratégies optimales offrent toujours un potentiel de guérison structurel envisageable ou tout du moins partiellement.

 

Ce nouveau modèle présenté en 2016 apporte de nouvelle perspective en sous classifiant le tendon dégénératif en tendon dégénératif et « tendon reactive on degenerative ». Tout simplement et comme son nom l’indique on se retrouve potentiellement dans un contexte de tendon réactif comme décrit précédemment au sein d’un tendon dégénératif.

 

Ce concept s’associe avec le modèle décrit par Sean Docking « Treat the donut, not the hole ». L’idée est de se concentrer sur la partie saine du tendon en optimisant et stimulant la croissance du tissu sain au profit de la zone tendineuse dégénérative.

En effet il semble que le potentiel de régénération de la partie atteinte du tendon ne soit pas impossible puisque on retrouve des modifications histologiques rétroactives à ce stade, MAIS limité. Les efforts devraient de ce fait selon lui se concentrer majoritairement vers le tissu sain et augmenter ce ratio tissu sain sur tissu dégénéré. Ces arguments sont soutenus par de nombreuses recherches mettant en avant le fait qu’une amnésie collagénique du tissu atteint serait présente, se matérialisant par une incapacité du tissu dégénéré à percevoir et réagir à la charge. Le corps s’adapterai de façon autonome en déviant les contraintes vers le tissu sain, à l’instar de ce qu’il semble de plus en plus être décrit au niveau du disque intervertébral ( au niveau des zones de fissures, l’environnement ne permettrai pas d’optimiser les contraintes nécessaire à l’expression naturel des échanges et des structures du disque). Encore une fois et à ce jour ce modèle semble être le plus efficient possible mais comme tout modèle théorique il offre des perspectives mais aussi des limites et se heurte à la réalité clinique multimodale, à la limite des outils techniques actuels et du phénotypage en amont du patient. Faute de merles on mange des grives.

 

Concrètement et cliniquement, il s’agit de repérer à quel stade du continuum le tendon du patient se trouve, repérer les facteurs intrinsèques (génétique, contextuel, psycho-social, tabagisme, médicamentation, …), évaluer la « charge « et mettre en place une intervention appropriée. S’agissant d’une pathologie multimodale, il s’agira d’actionner de façon multi modale : construire un programme d’exercice progressif – repérer et lever les adaptions et inhibitions corticales – agir sur les voies descendantes de la douleur, repérer les stratégies d’adadptation motrice comme porte d’entrée potentiel de contraintes (pathologie de surcharge Vs de décharge), inclure le patient dans une processus collaboratif et lui donné du sens à nos interventions, évaluer ses besoins, ses attentes et les contraintes à devoir subir dans ses activités. Une tendinopathie n’est pas juste une tendinopathie, c’est l’histoire d’un tendon et d’un individu dans un contexte donnée, sinon il suffirait de suivre un protocole stéréotypé. Forte heureusement nous ne sommes pas soumis à un travail de technicien mais d’ingénieurie rééducative, alors agissons en tant que tel.

 

Encore une fois, la capacité de gestion de la charge (loading) est un paramètre déterminant dans la modification structurelle du tendon. Il est tout de même essentiel de préciser que cette notion de charge devra être intégrer dans un cadre plus large prenant en compte le contexte psychosociale et les notions d’effort, d’effets cumulés dépassant le cadre de cet article, mais étant essentiel dans le management de l’individu. Lorsque l’on parle de charge mécanique pur auquel le tendon est soumis, nous faisant référence dans le cadre des tendinopathies à 4 types de contraintes.

 

2. RAPPEL HYSTOLOGIQUE ET ANATOMIQUE.

Parlons succinctement structurel. Un tendon est constitué d’une série de structure et notamment des fibres de collagène organisées en // (conférant la force et la résistance à la tension) – des ténocytes contenu dans la matrice extra cellulaire avec la présence de protéoglycanes (responsable notamment de la propriété visco élasticité du tendon).

 

Une dégradation de l’homéostasie tissulaire tendineuse entrainera des changements histologiques. Cependant une des problématiques notamment mis en avant par Sean Docking est que les remaniements structurels du tendon n’ont pas de lien de corrélation avec la douleur du patient et donc qu’il n’y a pas nécessairement de relation direct entre la structure, la douleur et le dysfonctionnement mécanique. La modification structurelle serait donc certes un facteur de risque non négligeable mais compris dans processus multi-modales (facteurs intrinsèques – facteurs extrinsèques).

Une précision est de rigueur, l’innervation du tendon est très majoritairement superficiel et régit par le paraténon. Le corps du tendon est quant à lui quasi anerveux expliquant ce pourquoi dans le cas des tendinopathies dégénératives, l’individu souvent ne se plaint pas de douleur. Cette atteinte tendineuse souvent sourde, peut aussi expliquer le contexte de rupture tendineuse imprévu. Dans un soucis de clarté, il convient de poser un cadre plus clair lorsque nous utilisons le terme de tendon « atteint », il y a plusieurs grade d’atteinte, l’atteinte purement structurelle, l’atteinte dite nociceptive, l’atteinte par limitation de la fonction.

Le paraténon est une gaine conjonctive qui permet au tendon de se déplacer avec un minimum de friction autour d’interface mécanique. L’adaptation du tendon structurellement « atteint » se traduit par une cascade de modification histologique résumé ci dessous. Comme précisé précédemment ces adaptations tissulaires sont plus ou moins réversibles suivant le stade du continuum. On observe notamment :

 

  • Une augmentation du nombre de cellules de ténocytes se transformant progressivement en cellule chondrocytaire avec l’apparition de myofibroblaste se traduisant par l’augmentation d’une quantité de collagène et de protéoglycane conduisant à la désorganisation de la matrice extracellulaire.
  • Une croissance vasculaire appelé néo-vascularisation accompagné d’une néonerve sensorielle (induisant une augmentation de la production de substances nociceptives : glutamate – substance P, etc.
  • Une synthèse de collagène de type 3 au profit de collagène de type 2.
  • Une synthèse de collagène cicatriciels susceptible d’être responsable d’adhérence entre le paraténon et le tendon lui même (potentiel altération de la vascularisation du tendon) que l’on peut observer sur le schéma ci-dessous.

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3. APPLICATION CLINIQUE.

Nous vous proposons une série d’exercice à mettre en place avec votre patient. Ceci est une base de progression et de stratégie réeducative progressive à adapter au patient. N’oublions pas avant tout que nous ne soignons pas un tendon mais un individu et son « cerveau ».

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